Michel Dufranne et Milorad Vicanovic-Maza nous livrent une bande dessinée sur les hommes au triangle rose, événement suffisamment rare et précieux pour être noté. Je me suis procuré la BD et l'ai lue d'une traite. Le scénario est efficace. On en retient les moments de bonheur et d'insouciance d'un Berlin homosexuel préférant se voiler la face. Vient ensuite l'angoisse, la controverse politique puis, finalement, la persécution et les camps. On passe d'un dessin en couleur à une gamme de sépia pour terminer dans une palette franchement noire lorsque le personnage de l'histoire se retrouve plongé dans l'horreur. Des moments chocs, à la limite du supportable, ne laisseront certainement personne indifférent. Je ne peux m'empêcher d'établir un rapprochement avec le film (et la pièce de théâtre) Trent qui m'avait également lancé des coups de poing dans le ventre. J'aimerais savoir cette BD lue en classe, abordée dans les cours, comme une illustration d'une de ces si nombreuses persécutions historiques qui ont brisé notre communauté. Lisez "triangle rose", même si l'idée des camps de concentration vous est pénible. La BD ne parle pas que de l'horreur. Elle évoque également un passé insouciant et heureux sur lequel j'ai jeté un oeil attendri. Plus qu'une réalité historique, cette BD présente aussi une émotion. Le sujet débordant le carcan des 47 planches, ce sont 144 pages indispensables qui vous attendent.