Ihsane est mort. Assassiné. Le meurtre est homophobe, annonce-t-on dans divers médias. Il a eu lieu dans la région de Liège, ville pourtant bien connue pour ses bars gays et une vie arc-en-ciel florissante. Dans mon pays. Celui où les gays se marient, où les lesbiennes adoptent des enfants, où des églises chrétiennes bénissent des unions homosexuelles. Ce pays où mon compagnon et moi allons ensemble aux dîners de personnel organisés par nos employeurs respectifs. J'étais fier de ce pays où l'arc-en-ciel semble déranger si peu. C'est étrange. Avais-je oublié que moi-même je reçus une raclée pour avoir embrassé un autre homme ? Avais-je oublié que mon propre père refuse d'entrer chez moi et aurait préféré un fils en prison plutôt qu'un fils pédé ? Croyais-je vraiment que mon pays est à l'abri de l'homophobie ? Ne nous leurrons pas. La tolérance dont nous bénéficions en Belgique est, chez beaucoup, une tolérance de facade. Il n'empêche que derrière les portes closes, on continue de se moquer, d'insulter, d'agresser. Au fait, vous en voyez beaucoup, vous, des hommes qui se promènent, main dans la main, en Belgique ? Moi pas ! Pourquoi ? Pudeur ou prudence ? L'homophobie n'a pas disparu de mon pays. Elle est toujours là. Et aujourd'hui, elle a tué.